« Le plus grand plaisir, c'est de faire se rencontrer des gens »

Pour le lancement de REM Society, Philippe Voland, fondateur de REM, s’est confié à François Egger, journaliste, au Montreux Jazz Club Millennium. Boom des événements, no-shows, réseautage, formats plus intimistes : il explique pourquoi REM fait le choix de faire « moins, mais différent ».

Philippe, merci d’être avec nous. Nous sommes ici, dans l’écrin du Montreux Jazz Club Millennium. Pourquoi ce lieu ?

C’est toute une histoire – et j’aime raconter des histoires. Quand on organise des événements, on raconte toujours des histoires. En 2022, nous avons organisé un événement spécial REM au Millennium, ce magnifique bâtiment qui venait d’être construit. À l’aube de 2026 et avec le lancement de REM Society, il était donc important pour moi de choisir un endroit emblématique, qui représente l’immobilier et la construction, et surtout un lieu central, en périphérie lausannoise : de nombreuses entreprises sont installées dans un rayon d’une cinquantaine de kilomètres.

UN PHÉNOMÈNE DE RATTRAPAGE
On n’a jamais eu autant d’événements. Comment tu l’expliques ? Une certaine lassitude ne s’installe-t-elle pas ?

Je suis actif dans l’économie événementielle depuis 2004 : j’ai donc pu voir toute l’évolution de l’organisation d’événements. Nous avons vécu une période que tout le monde connaît, le Covid, entre 2020 et 2022. Pendant ces années-là, il n’y avait plus que les organisateurs professionnels qui osaient organiser des événements.

C’est donc une réaction à cette pause Covid qui fait qu’aujourd’hui, les événements explosent partout ?

Clairement, il y a eu un phénomène de rattrapage. À partir de 2023, mais surtout en 2024 et 2025, avec une accélération très forte en 2026. Tout ce qui ne s’est pas fait pendant trois ans se fait maintenant.

N’a-t-on pas basculé dans l’autre extrême ? Y a-t-il trop d’événements aujourd’hui ?

Les professionnels de notre industrie immobilière, sollicités au quotidien, le reconnaissent, bien entendu. Mais chaque organisateur a sa légitimité et défend ses propres objectifs de communication. Chacun souhaite donc organiser sa manifestation, réunir son public cible et faire vivre son écosystème local.

APPARTENANCE ET CONTENU
Qu’est-ce qui fait que les invités se disent : « Celui-là, j’y vais, celui-là, je le choisis » ?

Je pense que c’est l’affiliation à un groupement, une association, une faîtière, une organisation à laquelle on adhère. C’est ce qui fait qu’on se rend à un événement ou non.

Une forme de fidélité ?

Oui, clairement, et aussi un sentiment d’appartenance à un groupe, un club, un cercle. On veut vivre les événements de son association et rencontrer les membres de sa communauté.

Le contenu compte-t-il aussi ? Les gens viennent-ils chercher une plus-value dans la qualité des intervenants ?

La qualité du contenu est plus importante que jamais. On ne réunit plus du monde simplement parce qu’on organise un petit apéro, un beau cocktail ou un dîner. Le professionnel est beaucoup plus sélectif dans le temps qu’il consacre à ces activités extérieures. Il veut s’enrichir de connaissances et de contenu pour pouvoir échanger, et repartir avec un bagage supplémentaire.

NO-SHOWS : JUSQU'À 30 %
La période post-Covid révèle un autre phénomène : les no-shows. Beaucoup d’événements en souffrent, et il devient compliqué de remplir une salle. Le phénomène a toujours existé, mais il s’amplifie : on était à 10-15 %, on monte aujourd’hui à 25, parfois 30 %.

C’est énorme. C’est aussi pour cela que j’essaie d’œuvrer pour fédérer, unir, rassembler les acteurs sur un même lieu, une même période, un même événement, au lieu de se disperser tout au long de l’année. Mais chaque organisation a son objectif de communication et tient à maintenir son propre événement. Dans ce contexte, à nous d’être attractifs et de proposer des formats évolutifs, différents. On rencontre aujourd’hui beaucoup de formats « une conférence suivie d’un cocktail ou d’un apéritif ». Je pense qu’il faut innover dans le format, et c’est clairement le rôle de REM : je le rappelle souvent, nous ne venons pas de l’immobilier, nous venons de l’événementiel.

Il faut donc être créatif ?

Et être prêt à prendre des risques. Il y a un risque entrepreneurial à organiser un événement. Une association a ses membres cotisants qui la soutiennent, et elle doit les servir en organisant des événements. Ce n’est pas du tout le cas de REM. REM n’est pas une association à but non lucratif : notre objectif est de créer des événements rentables. Avec la multiplication des événements, le défi devient encore plus difficile à relever, mais nous gardons toujours un temps d’avance, ce temps d’innovation et de créativité qui nous permet de faire la différence.

Justement, qu’est-ce qui rend un événement rentable aujourd’hui ?

Clairement, le soutien que des partenaires peuvent lui apporter.

CRÉER LES CONDITIONS-CADRES
Parlons réseautage. Les règles ont-elles changé avec le temps ?

Pas fondamentalement. Les gens sont beaucoup plus exigeants et beaucoup plus avares du temps qu’ils consacrent au réseautage. Mais le besoin de réseautage existe toujours, et il existera fort heureusement toujours.

Le numérique prend pourtant le dessus dans la communication et les échanges avec les partenaires. Qu’est-ce qui rend le réseautage en présentiel important, et comment l’organiser pour qu’il soit vraiment profitable ?

Pour moi, les choses doivent être assez naturelles, et chacun doit faire son job.

C’est-à-dire que c’est à l’organisateur de créer les conditions-cadres ?

C’est exactement ça, je le dis régulièrement. L’objectif est de créer les conditions-cadres qui permettent au réseautage de se dérouler dans les meilleures conditions : c’est la responsabilité de l’organisateur. La responsabilité du participant et du partenaire, c’est d’utiliser ces infrastructures et ces éléments mis en place par l’organisateur pour faire son travail et tout mettre en œuvre pour développer son propre business.

Il y a tellement de soirées et d’événements de réseautage qu’on a le sentiment qu’ils font tous un peu la même chose : une après-midi ludique, une après-midi sportive… Ce type de networking n’arrive-t-il pas gentiment au bout de son souffle ?

Les formats ludiques ou sportifs sont déjà des formats originaux dans l’événementiel immobilier. Le format standard, c’est un orateur, une conférence, un apéritif de réseautage, et tout le monde est content ainsi. L’idée est donc d’aller vers des événements plus originaux, des formats différents. Cela implique une prise de risque plus importante. Pourquoi ? Parce qu’il faut monter des programmes à forte valeur ajoutée, avec un engagement financier plus lourd. C’est pourquoi il est très important d’être soutenu par des partenaires ou des membres, selon le modèle d’affaires qu’on veut développer.

FACILITATEUR… OU « TINDER DU RÉSEAUTAGE » ?
Comment fais-tu rencontrer les bonnes personnes à tes clients ? Souvent, on vient pour rencontrer quelqu’un en particulier.

Encore une fois, la clé, c’est d’être proche de l’écosystème. Nous avons la chance, et moi particulièrement, de bien connaître les acteurs du marché. Des gens viennent régulièrement me demander de leur présenter tel ou tel acteur, et c’est toujours avec un immense plaisir que j’initie la relation. Cela se fait assez simplement : sur recommandation et par mise en relation.

Est-ce efficace ? Au final, du business en ressort-il ?

Je serais tenté de dire oui, sinon cela n’existerait plus depuis longtemps. Mais chacun doit mettre du sien et s’investir dans la relation qu’il souhaite développer avec son interlocuteur. Il faut ensuite un match entre l’offre et la demande, les besoins et les attentes.

Tu es en quelque sorte un facilitateur.

Oui… Je pensais que tu allais me parler de Tinder !

Je n’ai pas osé ! Mais effectivement : le Tinder du réseautage… ou plutôt un entremetteur. « Facilitateur », c’est plus joli. Mais c’est vraiment ça, le rôle.

Oui, et c’est là qu’on retrouve la plus grande satisfaction. Un nouveau partenaire a récemment rejoint la démarche REM Society avec un objectif clair : rencontrer certains clients potentiels ciblés. Nous devons donc nous atteler à répondre à cette demande. Cela demande un travail différent, basé sur un rapport relationnel personnalisé, et un engagement encore plus important de notre part. Et, paradoxalement, une responsabilité qui grandit.

DE 300 À PLUS DE 9000
En 2020, le premier REM Swiss réunissait 300 participants ; REM en a accueilli 4500 en 2025. C’est une énorme explosion. Pourquoi ne pas capitaliser sur cette communauté pour faire plus d’événements, et de plus gros ?

Pour remettre les chiffres en perspective : le premier REM Swiss, organisé en 2020 à la Vaudoise aréna, avait réuni 300 participants. Nous avions alors une communauté d’environ 1000 professionnels. Nous sommes passés à 4500 participants en 2025, avec une communauté de plus de 9000 professionnels et investisseurs.

Cela ne s’est pas fait d’un coup : c’est un travail de longue haleine, qui nous vaut aujourd’hui une certaine reconnaissance du marché, une notoriété et un sérieux dans la durée, importants pour la suite de nos activités. L’événement REM Swiss répond déjà à ce besoin. J’ai voulu un événement incontournable, un événement de référence, et il l’est devenu. Pour le reste, je préfère collaborer avec les autres acteurs de l’immobilier qui organisent eux-mêmes des événements, les soutenir dans leur communication et servir la communauté, plutôt que de nous approprier tout le gâteau. Cela n’a jamais été l’objectif et ne le sera jamais.

REM doit apporter un complément à ce qu’organisent les autres. Multiplier les événements n’est pas ce qui nous motive. En revanche, proposer des événements aux formats créatifs, originaux et différents, oui : c’est notre mission.

RETOUR AUX SOURCES
Tu aimes prendre le contre-pied. Tu aurais la clientèle pour organiser beaucoup d’événements, mais tu préfères en faire moins, et mieux… ou plutôt différents ?

Moins, et différents. C’est aussi un retour aux sources. Quand nous avons lancé REM en 2013, c’était un voyage annuel avec 40 professionnels de l’immobilier, principalement des patrons de régies immobilières, que j’ai toujours eu plaisir à emmener aux quatre coins de l’Europe. Nous partions trois jours, vers des destinations merveilleuses : Édimbourg, Stockholm, Porto et bien d’autres. Nous ne sommes pas des professionnels de l’immobilier, même si nous gravitons aujourd’hui dans cet écosystème : nous venons clairement de l’événementiel. C’est pourquoi, après la phase post-Covid et face à la multiplication des événements traditionnels, notre objectif est de prendre le contre-pied, avec des propositions de valeur beaucoup plus axées sur la créativité, l’originalité et la diversification des plateformes.

C’est-à-dire des événements plus petits, plus intimistes, plus sélectifs ?

Totalement. C’est clairement dans cet esprit que nous voulons travailler. Réunir 1000 personnes sur un plateau comme le SwissTech, c’est bien. Réunir 20 ou 30 personnes autour d’une soirée confidentielle, par exemple ici au Montreux Jazz Club Millennium, ou autour d’une table d’hôtes dans un endroit insolite, c’est aussi la vraie valeur ajoutée que REM peut apporter à cet écosystème.

REM SOCIETY, DE LA LAPONIE À LA TOSCANE
C’est ce qui t’a poussé à créer REM Society ?

Clairement. C’est l’envie de rester attractifs pour notre communauté, de diversifier les formats et surtout de prendre du plaisir. Et le plaisir, c’est dans la rencontre. Le plus grand plaisir, c’est de faire se rencontrer des gens. C’est la mission que REM s’est fixée depuis très longtemps, et que nous voulons poursuivre ces prochaines années.

Concrètement, que va proposer REM Society ?

Un retour aux sources, comme je le disais. Ces prochains mois, nous allons organiser un safari en motoneige en Laponie finlandaise, à Rovaniemi, puis un rallye en voitures de collection en Toscane, en juin.

Un safari en motoneige ? Explique-nous.

Rovaniemi est une ville du nord de la Finlande, en Laponie. Un terrain hostile : en janvier, il fait entre -20 et -30 degrés, tout est gelé, tout est recouvert de neige. C’est féerique. Nous l’avons déjà organisé en 2016, 2017 et 2018 avec des professionnels de l’immobilier, et nous allons renouveler l’expérience en janvier prochain.

Vous n’allez pas chasser l’élan : ce n’est pas un safari au sens premier du terme…

Ah non ! C’est une découverte dans des paysages fantastiques, et surtout une expérience humaine. Il s’agit de déconnecter les gens de leur quotidien pendant quatre jours, de les emmener à l’autre bout de l’Europe, dans des contrées exceptionnelles aux paysages féeriques, avec les fameuses aurores boréales.

C’est un peu mythique : à vivre une fois dans sa vie.

Exactement. Je suis très content de proposer à nouveau ce type d’expérience à cette communauté élargie qu’est REM.

Mais être plus exclusif, c’est aussi prendre un risque : on ne peut pas accueillir tout le monde, il faut faire des choix.

C’est une forme de risque. Mais je pars toujours du principe que REM a vocation à être inclusif. L’exclusivité, c’est dans le format : un petit comité. On ne part pas en Laponie avec 200 personnes, mais avec une quinzaine ou une vingtaine, pour vivre ensemble une expérience partagée : le road trip, une soirée autour d’un feu de bois dans un chalet… C’est ce type d’expérience que certaines personnes recherchent aujourd’hui, aussi pour se ressourcer personnellement, rencontrer des gens qui font le même métier – ou non – et partager une expérience de vie.

Les conditions-cadres sont alors réunies pour partager ses expériences : le réseautage à l’état pur, le plus simple, le plus intime.

Clairement. Récemment, quand j’ai parlé de la Laponie à l’un de mes partenaires, que j’apprécie énormément et qui avait fait l’expérience deux fois avec moi, en 2017 et 2018, il m’a dit : « Enfin, tu reviens à des formats plus engagés dans le relationnel et l’expérience ! » C’est aussi pour ça que je suis très motivé à relancer ces activités.

UN CERCLE, DES EXPÉRIENCES
Peux-tu nous détailler ce que propose REM Society ?

Le principe de REM Society, c’est un membership. L’idée est de donner l’opportunité d’adhérer à un cercle, au sein duquel nous proposons des activités créatives et originales : des soirées ici, au Montreux Jazz Club Millennium, et des voyages. En 2027, nous avons ce voyage en Laponie en janvier, un rallye en voitures de collection en Toscane en juin, et nous préparons également une Learning Expedition à Shanghai, pour s’inspirer de l’économie immobilière chinoise, sachant que nous sommes de plus en plus impactés par ce marché.

En parallèle, nous organisons des rencontres sur des sites de développement immobilier, pour favoriser le partage d’expérience. Les grands projets sont nombreux dans la région lémanique, et nous proposons des rencontres avec leurs développeurs. Nous en avons organisé une au 2m2c à Montreux avec le bureau d’architectes CCHE en mars dernier : c’était passionnant, avec 60 participants.

En septembre, nous avons proposé une croisière sur le Léman à bord du Venoge, un merveilleux moment partagé avec plus de 100 professionnels. Ce sont des événements que d’autres organisateurs n’ont pas forcément vocation à organiser, parce qu’il faut pouvoir s’appuyer sur une communauté bien en place, bien inscrite dans la démarche. C’est aujourd’hui la mission de REM Society.

ENTREPRENEUR AVANT TOUT
Les gens apprécient ces événements, mais ont de plus en plus de peine à payer. Comment les rendre rentables, et faire en sorte que les participants soient contents de payer pour une vraie plus-value ?

Avant toute chose, il ne faut pas rêver : il faut être entrepreneur, comme dans toute activité commerciale et professionnelle. En tant qu’organisateurs, nous n’y dérogeons pas.

Tu prends le risque au départ.

Bien entendu. Avec le lancement de REM Society, nous avons un grand défi : créer la base du cercle sur laquelle nous allons pouvoir nous développer. Nous sommes prêts à le faire, nous sommes armés pour le faire, mais cela dépendra aussi de l’engagement de notre communauté dans ces nouvelles activités.

Tu n’as pas fait de business plan. Tu es un intuitif : tu ne sais donc pas, finalement, si ça va marcher. Tu te lances et tu regardes.

Je suis avant tout un homme d’idées, et ce qui me fait avancer, c’est la passion. La passion de créer, de faire des choses et de les proposer à une communauté. J’ai clairement identifié un besoin d’événements différents, et je pense que c’est mon rôle – notre rôle, à toute l’équipe REM – de proposer ce type de plateforme. Donc oui, aucune étude de marché n’a été commandée pour savoir s’il y avait un avenir pour ce genre d’activités. On tente, on essaie, on teste, et on tirera un bilan le moment venu. Aujourd’hui, nous sommes dans l’action, dans la motivation, portés par cette flamme : lancer quelque chose de nouveau, qui a marché par le passé et qui marchera certainement aujourd’hui avec la nouvelle génération d’entrepreneurs de l’immobilier. C’est aussi pour elle que nous nous battons et que nous créons toutes ces activités.

Et quand il y a de la passion, ça ne peut que marcher…

Il ne faut pas que la passion soit construite sur de l’illusion. Mais avec une communauté de plus de 9000 professionnels, nous avons clairement tous les outils en main, y compris en termes de communication, pour proposer ce genre d’activités. Comme on dit, l’entreprise propose, le marché dispose. Nous ferons le bilan d’ici une petite année.

Rendez-vous est pris. Merci beaucoup, Philippe.

Merci à toi, François, et à très bientôt pour de nouvelles aventures.